Texte publié dans L’Echo (Belgique) le 12 janvier 2013 et dans Beleggers Belangen (Pays-Bas) le 14 janvier 2013.

 

En dépit d’une détérioration généralisée du climat économique dans la zone euro, d’une crainte d’un atterrissage brutal de l’économie chinoise et de la saga sans fin sur la falaise budgétaire américaine, l’année 2012 a été bonne, voire très bonne, pour un large éventail de marchés et de classes d’actifs. Quels sont les enseignements à en tirer et comment nous permettent-ils d’être mieux préparés pour 2013 ? J'en identifie sept au total :

 

  1. Quand les variables fondamentales (contexte économique, inflation, …) cessent de se détériorer, les prix des actifs repartent à la hausse : pour l'investisseur, la fin d'une dégradation est déjà en soi une amélioration.  Voilà un des facteurs qui expliquent la bonne performance de la bourse indienne en 2012 et qu’il est important de garder à l’esprit lors de l’analyse de pays (par exemple dans la zone euro) ou de valeurs en difficulté.
  2. Être bon marché n’est pas une condition nécessaire, ni suffisante, pour une bonne performance. Les actions chinoises étaient déjà très bon marché début 2012 mais ont continué à décevoir pendant une bonne partie de l’année. En revanche, les obligations américaines, déjà chères en début d’année, se sont renchéries. Pour qu’une valorisation attrayante puisse se traduire par une hausse des cours, il faut un catalyseur.
  3. Les marchés se focalisent sur un sujet à la fois. Même si différents thèmes sont pertinents, un seul domine généralement. Aux États-Unis, la falaise budgétaire de début 2013 était connue depuis l’été 2011, mais c’est seulement après les élections présidentielles qu’elle est entrée dans la ligne de mire des investisseurs. En conséquence, l’investisseur doit identifier le thème dominant mais aussi sentir quand un nouveau thème prend la relève.
  4. Un choix de valeurs populaires (les Anglais parlent de « crowded trade ») n’est pas nécessairement mauvais. Les obligations d’entreprises étaient déjà très prisées en 2011 mais ont encore fortement gagné en popularité en 2012. Cet enseignement implique bien évidemment qu’il est d’autant plus important d’évaluer quand les principaux facteurs de cet engouement changeront.
  5. Quand l’ancienne orthodoxie devient trop contraignante, celle-ci est modifiée. Le FMI a revu sa position sur les entraves aux mouvements de capitaux (auparavant inadmissible et dorénavant acceptables s’il n’y a pas d’autre solution) et plusieurs banques centrales (hormis la BCE) acceptent plus d’inflation que par le passé. Il est par conséquent nécessaire d’évaluer à quel point son portefeuille est sensible au risque d’inflation.
  6. Des stratégies de spread (obligations d’entreprises, dette émergente) connaissent de longues tendances de compression des spreads par rapport aux obligations souveraines de haute qualité, tandis que les actions ont régulièrement besoin de nouvelles impulsions. Les opérations de refinancement à long terme de la BCE vers la fin 2011 et le début de l’année 2012 ont seulement dopé les bourses pendant quelques semaines, à l’instar des déclarations de Mario Draghi (c.-à-d. que la BCE fera tout pour défendre l’euro).  Ceci implique des mini-cycles boursiers.
  7. Quand l’incertitude est grande, la performance attendue à long terme l’est aussi parce que les prix des actifs sont bas. En conséquence, une baisse de l’incertitude engendre une baisse des performances attendues parce que les marchés sont entre-temps montés.

 

Ce dernier enseignement est peut-être le plus important de l’année dernière : oser acheter quand les choses vont mal, mais qu’on dispose quand même de suffisamment d’arguments pour croire à une amélioration de la situation.

 

William De Vijlder

Chief Investment Officer, Stratégie et Partenaires

BNP Paribas Investment Partners