La relation théorique entre la dette des ménages et les fluctuations économiques n’est pas évidente. On peut, d’une part, faire valoir qu’une dette excessive renforce la sensibilité au durcissement de la politique monétaire ou à d’autres chocs et, partant, accroît la volatilité de la consommation privée. Il est, d’autre part, possible de recourir au crédit bancaire pour lisser la consommation sur la durée du cycle conjoncturel et ainsi réduire la volatilité de la croissance de la consommation.

Le graphique ci-après explore cette relation en étudiant le ratio de la dette des ménages rapportée au revenu brut disponible et l’écart-type de la croissance de la consommation privée réelle (en rythme trimestriel). La moyenne et l’écart-type sont calculés sur la période 2000-2013.

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On est tenté de tracer visuellement une droite de régression avec une pente positive, indiquant que des niveaux élevés de dette sont corrélés avec une forte volatilité de la croissance de la consommation. Cependant, une mise en garde s’impose : cette « régression optique » serait très largement dictée par les données relatives à l’Irlande, pays qui présente, de fait un fort endettement et qui a connu une évolution en dents de scie avec d’importantes fluctuations des taux de croissance de la consommation. Pour les autres pays, il est frappant de constater que la même volatilité de la consommation peut aller de pair avec des niveaux de dette très différents (il suffit de comparer à cet égard la France et l’Allemagne) ou que le même niveau de dette peut s’accompagner de volatilités très différentes de la croissance de la consommation (prenons, par exemple, l’Allemagne et la Finlande ; le Japon, les Etats-Unis, le Portugal et l’Espagne ou encore le Canada, la Suède, le Royaume-Uni et la Corée du Sud).

Notre conclusion est double :

  1. Les variations de la croissance de la consommation semblent être dues à de nombreux facteurs : certains pays affichant une croissance stable de la consommation peuvent présenter des niveaux d’endettement faibles ou élevés tandis que d’autres peuvent, pour un niveau de dette donné, avoir une croissance stable ou moins stable de la consommation.
  2. Les pays dans lesquels la croissance de la consommation est très volatile se distinguent aussi par une dette des ménages supérieure à la moyenne. Cependant, cela ne signifie pas qu’il y ait un lien de cause à effet, même si, en théorie et comme nous l’indiquons dans l’introduction, on peut penser que des niveaux de dette élevés augmentent la sensibilité aux chocs.