2020 / Covid-19

Sur le plan économique, 2020 entrera sans aucun doute dans les annales : la crise de la Covid-19 a eu un tel impact qu’on en parlera pendant des années. Une raison pour laquelle 2020 a été une année particulièrement importante et structurante : dans plusieurs domaines, nous sommes entrés dans une nouvelle ère, où, là encore, c’est la pandémie qui a joué le rôle de catalyseur. Ainsi, par exemple, on peut dire que le côté offre de l’économie est maintenant arrivé sur les devants de la scène de l’analyse économique. Dans le passé, quand on analysait le cycle économique ou le comportement des agents économiques, on regardait le côté demande (comment va évoluer la consommation des ménages),  ou encore les investissements des entreprises et les exportations. Avec la crise de la Covid-19, on a été confronté à une disruption totale du côté offre de l’économie et pour bien appréhender l’impact en termes de chute de l’activité, on a dû se fier à des analyses qui se sont penchées sur la valeur ajoutée et l’arrêt de l’activité dans différents secteurs etc.

Autre élément qui a touché le côté offre de l’économie :  la tension qui s’est produite dans les chaînes de production. Pendant de longues années, ces chaînes de valeur s’étaient allongées et étaient devenues plus complexes à gérer, plus concentrées parfois aussi. Avec le stress test de la Covid-19, on a vraiment dû réévaluer s’il était pertinent d’avoir des chaînes de valeur longues et concentrées.

Un autre élément très important : on s’est rendu compte aussi que si la pandémie est un choc d’offre qui a créé une disruption dans la production de l’économie, il y a d’autres chocs d’offre que l’on peut imaginer, comme une crise climatique ou encore une attaque en termes de cyber-sécurité. Et donc, on a vraiment conscience du fait que lorsqu’on analyse la robustesse de l’économie et son comportement cyclique, on doit également porter suffisamment d’attention à l’offre.

Autre domaine pour lequel nous sommes entrés dans une nouvelle ère : la politique économique. Pendant de longues années, on ne pensait qu’à la politique monétaire pour freiner ou stimuler l’activité. Aujourd’hui, on peut dire que c’est la politique budgétaire qui est arrivée aux commandes. C’est le reflet de l’ampleur de l’intervention qui était nécessaire, mais c’est aussi le reflet du fait qu’avec des taux d’intérêts réels (donc corrigés) pour l’inflation qui sont négatifs, la politique monétaire atteint presque la limite de ce qu’elle peut faire pour l’économie. C’est ainsi que la politique budgétaire est désormais aux commandes et procède par une intervention directe sur le revenu, en donnant un soutien de revenu aux ménages ou aux entreprises ou encore en influençant directement la demande finale de l’économie par des projets d’investissements ou d’infrastructures, comme ils sont prévus par exemple dans l’UE dans le cadre du plan de relance de 750  milliards. C’est  un changement de cap très important. Et on peut même dire que la politique monétaire qui reste importante est maintenant menée de concert et en coordination avec la politique budgétaire, parce que le programme d’achat d’actifs par plusieurs banques centrales facilitent le financement de cette expansion budgétaire particulièrement importante.

Troisième domaine de changement majeur (qui justifie l’appellation d’ « entrée dans une nouvelle ère »), le champ d’action des banques centrales s’est élargi. Ainsi, on a vu qu’aux Etats-Unis, la Réserve fédérale est entrée sur le marché du papier émis par les entreprises, elle s’est mise à acheter du papier corporate. Par ce biais, elle a joué un rôle extrêmement important pour fluidifier ce marché, un marché qui était en plongeon complet et qui compliquait énormément la donne pour le financement des entreprises.

Deuxième changement du côté US, suite à la revue stratégique de sa politique monétaire, la banque centrale a décidé de dorénavant viser une moyenne d’inflation sur plusieurs années et donc s’autorisera à dépasser temporairement et de façon modérée l’objectif d’inflation de 2% .

Le troisième aspect du changement du côté de la Réserve fédérale, et non des moindres, c’est son orientation vers une approche inclusive de la croissance. Ainsi la Fed a décidé de ne pas avoir une cible, un objectif ou un taux de référence pour le taux de chômage. Concrètement, cela veut dire que lorsque le taux de chômage baisse, elle acceptera une baisse et ne va pas procéder à des resserrements monétaires proactifs comme cela a été le cas auparavant.

Du côté BCE aussi il y a eu du changement. Le fameux programme PEPP (Pandemic Emergency Purchase Programme) : en d’autres termes c’est l’assouplissement quantitatif qui a été adapté en fonction des circonstances de la pandémie. C’est un programme dont l’importance est cruciale, une importance qui ne doit pas être sous-estimée :  de par la flexibilité dont dispose le programme, il n’y a plus obligation de respecter les règles classiques du QE ni en termes de timing ni en termes d’allocation des achats. Ce programme a permis de contrôler toute la structure des taux d’intérêt en zone euro (donc on peut dire que c’est une forme de contrôle de la courbe des taux) mais également de contrôler et de provoquer un resserrement très important des spreads par rapport à l’Allemagne.

Autre élément très important à suivre pour 2021 dans la cadre de la revue stratégique de la BCE,  c’est le rôle du climat, le rôle de l’environnement dans les considérations réglementaires de supervision et de politique monétaire. Clairement la BCE veut se focaliser davantage sur ces aspects dans l’élaboration de son mandat.

Quatrième et dernier élément qui indique que nous sommes entrés dans une nouvelle ère en 2020 : le fait que le sujet de la croissance durable est devenu omniprésent. Ainsi on a pu voir que la pandémie, crise sanitaire majeure a suscité cette réflexion: y-a-t-il un lien entre le développement du virus et le réchauffement climatique ? Deuxième dimension dans cette problématique :  le fait que la disruption du côté offre de l’économie, qui a trouvé  son origine dans le choc de la Covid-19, a rappelé aux analystes et aux dirigeants d’entreprises qu’il y a lieu de tester la résilience de l’offre de l’économie en cas de chocs trouvant  leur origine dans le changement climatique. A noter également, l’action de la politique budgétaire : le gouvernement essaie de faire d’une pierre deux coups, avec, d’une part, la nécessité de relancer la croissance et d’autre part, la nécessité d’investir pour réaliser les objectifs fixés dans l’Accord de Paris il y a quelques années. C’est  là encore un exemple que la croissance durable occupe les esprits. De même, au sein de la Banque centrale, le changement climatique est devenu un élément très débattu au sujet de la stabilité financière, voire même peut-être à terme, dans le cadre de l’élaboration de la politique monétaire.