Dans son dernier numéro des Perspectives économiques, l’OCDE part de l’hypothèse que de nouvelles poussées épidémiques resteront contenues et qu’un vaccin sera largement disponible vers la fin de 2021. Selon les prévisions de l’organisation internationale, le PIB réel devrait ressortir en progression de 3,2 % aux États-Unis l’année prochaine, contre -3,7 % cette année. Pour la zone euro, la croissance est prévue à 3,6 % en 2021, contre -7,5 % en 2020. Dans le rapport intermédiaire (septembre 2020) des Perspectives économiques, les États-Unis devaient enregistrer une croissance de 4,0 % en 2021 (-3,8 % cette année) et la zone euro progresser de 5,1 % (-7,9 % en 2020). Malgré la perspective d’une vaccination, l’organisation table sur une croissance un peu moins robuste l’année prochaine par rapport aux prévisions des Perspectives économiques de septembre. Force est de conclure que les hypothèses relatives aux autres moteurs de la demande et de l’activité ont dû changer.

Dans ce contexte, la performance spectaculaire des marchés actions depuis l’annonce, le 9 novembre, qu’un vaccin très efficace était en cours de développement, peut interpeler. Si la croissance du PIB, en 2021, se révèle légèrement moins dynamique que dans les prévisions de septembre — donc avant l’annonce d’un vaccin – comment expliquer la hausse des marchés boursiers ?

Première explication : le rebond de la croissance bénéficiaire des entreprises pourrait être largement plus robuste que l’augmentation du PIB. En 2020, de nombreuses entreprises peineront à atteindre un niveau proche de leur seuil de rentabilité opérationnelle tandis que beaucoup d’autres accuseront des pertes. Avec le redémarrage de la demande pour leurs produits et services en 2021, bon nombre de sociétés renoueront avec la rentabilité et celles se situant à un niveau proche du seuil de rentabilité devraient voir leurs bénéfices grimper de manière disproportionnée.

La deuxième raison tient à la tonalité accommodante de la communication des banquiers centraux. La BCE s’est engagée à « recalibrer » une bonne partie de ses instruments monétaires lors de la réunion du 10 décembre prochain. Et ce, pour tenir compte des conséquences économiques de la deuxième vague de l’épidémie ainsi que de l’écart colossal entre l’inflation observée — qui a été négative pendant plusieurs mois d’affilée — et son objectif d’inflation. Aux États-Unis, Jerome Powell et plusieurs de ses collègues ont exprimé une inquiétude grandissante concernant la situation économique —  une perte de dynamisme est manifeste – et les perspectives à court terme. L’orientation de la politique monétaire devrait rester très accommodante pendant une longue période, incitant les investisseurs à prendre plus de risques. Ces derniers sont d’autant plus encouragés à le faire qu’ils ont l’assurance, en cas de ralentissement de la croissance, qu’un surcroît de liquidités sera injecté dans le système.

La troisième raison, et la plus importante, qui conforte la propension à prendre des risques, réside dans le changement de la distribution statistique autour des prévisions de croissance. Le débat sur les perspectives relatives au PIB ou aux bénéfices concerne principalement les prévisions de croissance moyenne ou médiane. En réalité, les investisseurs s’intéressent à l’ensemble de la dispersion de la distribution et se demandent dans quelle mesure la croissance serait susceptible de surprendre à la hausse ou à la baisse. Il existe souvent un déséquilibre entre les deux, les risques à la baisse étant prépondérants. Tel a été le message des organisations internationales et des banques centrales tout au long de l’année du fait de la pandémie. La plupart des investisseurs ont une aversion au risque — ils préfèrent être moins exposés à d’éventuelles mauvaises nouvelles même si cela implique qu’ils profiteront moins des bonnes — à tel point que leur sentiment d’inconfort se renforce très nettement lorsque les risques s’accentuent et, a fortiori, lorsque le risque de perte extrême (tail risk) devient une possibilité réelle. Les nouvelles de ces dernières semaines concernant la mise au point de vaccins d’une grande efficacité ont sensiblement réduit le risque de perte extrême. Cela implique également que la balance des risques penche moins du côté d’une dégradation.

Une question difficile se pose néanmoins : que vaut cette diminution de l’incertitude en termes de points d’un indice boursier ? La réponse à cette question est d’une complexité extrême même si la recherche montre qu’une bonne partie de la prime de risque actions correspond à une compensation pour l’exposition à des événements exceptionnels, comme le risque de perte extrême. Il s’ensuit que la diminution de l’incertitude, liée au vaccin, représente une valeur élevée pour l’investisseur. Avec le lancement imminent de campagnes de vaccination, on peut s’attendre, dans les mois à venir, à ce que l’attention du marché se tourne progressivement vers les perspectives de croissance. La question n’est plus de savoir s’il y aura un vaccin mais à quel moment un nombre suffisant de personnes aura été vacciné afin que inquiétudes entourant le risque de contamination ne perturbent plus l’activité économique.

Reproduit avec l’aimable autorisation de L’Agefi Hebdo

https://www.agefi.fr/asset-management/actualites/hebdo/20201210/comment-apprehender-reaction-marches-a-l-annonce-d-311250