William De Vijlder

 

Le marché du travail est un baromètre important dans l’évaluation de l’état de santé de l’économie. Ainsi, d’après des calculs de la Commission européenne, en 2020 le taux de chômage a atteint 7,8 % en zone euro, contre 7,5% à la fin de 2019. Une détérioration somme toute assez limitée, mais qui reflète des pertes d’emploi de l’ordre de 3 millions pour les citoyens de la zone euro. C’est le résultat de la récession très importante provoquée par la pandémie. C’est aussi un résultat  moins sévère qu’on aurait pu estimer car lors de la Grande Récession de 2008-2009, la chute de l’emploi et la hausse du chômage étaient plus importants.

Le marché du travail est également un facteur clé dans le comportement cyclique de l’économie. En évaluant les perspectives économiques pour le reste de l’année et pour 2022, il est très important d’appréhender le rôle joué par le marché du travail. Pour l’année en cours, le risque d’une hausse du chômage parait élevé. Le premier facteur serait l’arrêt des programmes de chômage partiel. Ces programmes ont joué un rôle extrêmement important pour atténuer l’impact de la récession liée à la pandémie sur les entreprises et les ménages. L’arrêt de ces programmes auraient pour conséquence que certaines entreprises seraient obligées de supprimer les emplois, n’ayant pas atteint un chiffre d’affaires, une rentabilité suffisamment élevée pour maintenir l’emploi. Deuxième crainte, c’est d’assister à une hausse des faillites des entreprises.  C’est une préoccupation majeure qui trouve également son origine dans le fait que si les programmes d’aide étaient arrêtés, les entreprises seraient obligées de cesser leurs activités avec pour conséquence une hausse du chômage. Le troisième facteur serait que la croissance reprendrait, certes, dans certains secteurs, mais pas suffisamment. En conséquence les entreprises seraient dans l’obligation de baisser leurs coûts et pourraient être amenées à supprimer des emplois, entraînant une hausse du chômage.

En conséquence, la Commission européenne s’attend, dans ses nouvelles prévisions publiées en début de mois, à une montée du chômage en zone euro en 2021 : on arriverait à 8,4 % contre 7,8 % fin 2020. Cette dynamique serait assez hétérogène. Il y aurait bon nombre de pays en zone euro qui verraient une dynamique de l’inflation plutôt stable, donc avec peu de changement, mais onze pays seraient confrontés à une hausse du chômage. Pour 2022, les perspectives sont meilleures : la Commission s’attend à un recul généralisé du chômage : dix-huit pays de la zone euro verraient une baisse du chômage. Il n’y en aurait que deux qui aurait un taux de chômage en 2022 inférieur à celui d’avant la pandémie (fin 2019) : la Grèce et l’Espagne. Cette lenteur de la baisse du chômage rappelle l’importance d’avoir une reprise vigoureuse afin d’éviter des conséquences néfastes sur le marché du travail liées à récession que nous avons vécue en 2020.