Zone euro : le printemps est là (lien vers la vidéo)

Depuis plusieurs jours, c’est avec bonheur qu’on voit les bourgeons apparaître. C’est aussi un peu le sentiment qu’on a lorsqu’on regarde les données économiques récentes. Là aussi, on constate que le printemps est dans l’air. Nous l’avons vu avec les flashs PMI, il y a quelques jours, qui ont largement dépassé les attentes en zone euro, avec encore une amélioration dans le secteur manufacturier, pour atteindre des niveaux vraiment élevés. Mais, également du côté des services, avec une amélioration qui reste, il est vrai, en dessous du niveau des 50 et donc en dessous de la moyenne de long terme.

Et puis, on a vu la progression d’autres indicateurs, plutôt au niveau national : en Allemagne, l’indicateur ifo sur le climat des affaires a montré une très nette amélioration qu’on a pu constater dans les différents secteurs (secteur manufacturier, les services,  le commerce ou encore celui de la construction). On a également été frappé par l’optimisme qui règne du côté des entreprises allemandes concernant les perspectives à l’exportation.  Ces entreprises insistent beaucoup sur les opportunités qui se présentent en termes d’exportations vers l’Asie, la Chine en particulier ou encore les Etats-Unis. En France,  on a vu du mieux du côté de l’indicateur INSEE sur le climat des affaires ou encore du côté de la confiance des ménages.

Et surtout,  on a eu l’indicateur du sentiment économique établi par la Commission Européenne. C’est un indicateur que j’aime beaucoup, dans le sens où il permet une comparaison avec la moyenne de long terme. Il permet également une comparaison entre les différents pays parce que la méthodologie qui est appliquée est homogène : c’est la même pour tous les pays. Que nous dit cet indicateur ? Il nous dit que ça va mieux pour la zone euro :  le sentiment économique qui englobe le sentiment des entreprises pour différents secteurs et le moral des ménages a même légèrement dépassé maintenant sa moyenne de long terme. On constate aussi que cette amélioration est vraiment partagée par les différents secteurs économiques (manufacturiers, services, secteur du détail, construction…).

Autre élément très important : les perspectives d’emploi qui s’améliorent et on constate aussi que les craintes des ménages, au niveau des perspectives de chômage à un horizon de 12 mois, sont nettement moins présentes aujourd’hui qu’encore récemment.  C’est un élément qui  inspire confiance lorsqu’on veut évaluer les perspectives pour la consommation des ménages.

Quels sont les facteurs explicatifs de cette amélioration du moral des entreprises et des ménages ? Le premier c’est indéniablement le sentiment qu’on se rapproche du bout du tunnel.  La vaccination continue dans la zone euro et dans l’Union européenne, à un rythme certes perçu comme assez lent, mais, elle continue. Il ya donc l’espoir qu’à terme cela donnera lieu à un assouplissement des mesures restrictives.  Deuxième facteur qui joue :  la multitude des données économiques qui s’améliorent. Ici on ne parle pas de quelques données qui vont mieux, mais d’une panoplie d’indicateurs économiques qui se portent mieux, et  ça aussi c’est un facteur qui inspire la confiance. Le troisième élément, je l’ai mentionné, c’est un effet d’entraînement des pays, au niveau de l’économie mondiale, qui se portent déjà mieux. C’est le cas pour la Chine et c’est également le cas pour les Etats-Unis qui sont en train de redémarrer et où le fameux plan de relance de 1  900 milliards de dollars  joue un rôle extrêmement important à la fois pour la demande domestique aux Etats-Unis, mais également pour les importations. Et donc ça veut dire qu’il ya des opportunités qui sont créées pour les entreprises exportatrices.

Il y a un bémol à tout ça : ces enquêtes ont été menées pour la plupart avant que de nouvelles mesures restrictives soient introduites dans certains pays européens. On pense à la France,  à l’Allemagne ou encore à la Belgique. Ces nouvelles mesures risquent donc d’avoir pour conséquence que lors des enquêtes pour le mois d’avril, il y aura une certaine rechute du moral, une certaine rechute de la confiance. Il faut donc s’y préparer,  c’est la conséquence du fait que la problématique des infections continue à être inquiétante.

Au delà des enquêtes du mois d’avril qui risquent donc de refléter une certaine rechute du moral des entreprises et des ménages, comment appréhender les perspectives pour le reste de l’année ? Je pense qu’on peut le dire de façon très simple : le meilleur reste à venir.  Les perspectives s’amélioreront progressivement,  rapidement même en raison de plusieurs facteurs. Le premier facteur, c’est cette idée d’un point de bascule, c’est l’idée que les médias vont de plus en plus mentionner le taux de vaccination qui a été atteint et la baisse des nouvelles infections. Cela ouvre la voie à un assouplissement des mesures restrictives et va donc libérer la demande qui, jusqu’ici, a été refoulée. Il y a le taux d’épargne très élevé des ménages qui a été constituée pendant le confinement pendant la période marquée par autant de restritions. Cette épargne permettra de financer les dépenses de consommation, les voyages, les vacances, les restaurants. Cette demande contenue qu’on a dû contraindre pour des raisons de sécurité sanitaire va se libérer maintenant et cela va clairement donné un coup de fouet à l’activité économique.

N’oublions pas non plus le soutien budgétaire. J’ai déjà mentionné les Etats-Unis déjà avec le plan de relance qui a été déployé. Progressivement, le plan de relance européen au second semestre va également être déployé (on parle de quelques milliards, c’est impressionnant), et la politique monétaire qui reste accommodante donneront accès à un financement extrêmement facile à des conditions vraiment favorables. Tous ces éléments vont soutenir la demande. Il faut y ajouter les perspectives au niveau des exportations.

Il en découle une perspective de croissance en rythme trimestriel pendant plusieurs trimestres qui va largement dépasser la moyenne de long terme. C’est une perspective alléchante, et il faudra encore un peu patienter mais le momentum économique accélérera et la croissance sera très soutenue.

A tel point que le sujet de préoccupation va changer, on parlera de plus en plus du risque d’une remontée de l’inflation. On parlera de plus en plus  également de la perspective d’une certaine remontée des taux longs. Ca peut être un élément qui pourra perturber l’esprit des investisseurs sur les marchés financiers, mais pour le reste on doit s’en féliciter. Je préfère parler du risque d’inflation, parler d’une certaine remontée des taux longs, parce que ça veut dire aussi que les perspectives économiques s’améliorent.