EcoTVWeek du 25/06Le mot « stagflation » vient de la combinaison de « stagnation économique » et  « inflation ».  Il fait donc référence à une période marquée par une croissance molle voire négative et un niveau d’inflation qui dépasse la moyenne historique. Cette notion est essentiellement associée aux années  70, mais il y a récemment un regain d’intérêt pour ce concept économique.

Cet intérêt s’explique par le fait que nous sommes en accélération d’inflation. C‘est très clairement le cas aux Etats-Unis, et dans une certaine mesure aussi, en Europe. Certains analystes estiment que cette  inflation pourrait se stabiliser à un niveau plus élevé que par le passé tandis que la croissance progressivement devrait ralentir jusqu’en 2022. Avant  d’analyser plus en détail ce risque de stagflation, revenons en arrière et regardons ce qui s’est passé exactement dans les années 70.

Dans l’histoire de la culture pop, les années 70, ce sont les années disco. Au niveau économique, c’était plutôt la déroute marquée par une tendance haussière du chômage et une hausse concomitante de l’inflation. Cette hausse du chômage et de l’inflation donc la staflation, on les doit aux chocs d’offre très importants vécus un peu partout dans le monde. Liée à cette très forte hausse, une double hausse très importante due aux prix du pétrole. Il ya d’autres facteurs qui sont à la  base de cette dynamique absolument négative, comme une politique monétaire complètement inadaptée à la situation dans plusieurs pays, et le fait que progressivement les anticipations inflationnistes intégraient cette idée que l’inflation allait continuer à monter. C‘est ce qui a encore aggravé la situation économique, nous le voyons maintenant en 2021.

Ce qui rappelle les années soixante dix à l’heure actuelle, c’est ce choc d’offre qui est lié à la Covid-19 : les restrictions mises en  place ont provoqué une chute de  l’activité. La levée des restrictions a permis un rebond de l’activité qui a entraîné un choc de demande. Les restrictions qui ont provoqué une chute de la demande ont été suivies par un rebond  de la demande qui a été plus fort que la ré-accélération de l’offre. En conséquence, des goulots d’étranglement se sont créées,  déséquilibre entre l’offre et la demande, ce qui a donné lieu dans différents secteurs à une accélération de l’inflation.  On pense aux semi-conducteurs, on pense au bois aux Etats-unis, mais bien d’autres secteurs sont concernés. On constate aussi que dans certains secteurs,  notamment dans la restauration, que les salaires sont en  train de monter parce que les entreprises peinent à trouver de la main d’oeuvre. Et en même temps, il y a des inquiétudes quant au rythme des créations d’emploi : est-ce qu’il restera suffisamment important pour que le chômage aux Etats-Unis, qui avait nettement augmenté pendant la crise, puisse baisser suffisamment vite. Au niveau européen aussi, il ya des interrogations :  est-ce que le chômage pourrait dans un premier  temps monter avant de régresser. Donc au final,  certains éléments rappellent les années soixante-dix : un choc d’offre, une hausse de l’inflation et un  inconfort au niveau de la dynamique du marché du travail.

La question se pose donc : se dirige-t-on lentement vers une sorte de stagflation modérée,  différente de celle des années soixante-dix,  mais similaire, par certains éléments, à ce qu’on a connu il ya quelques décennies. A vrai dire, le risque paraît très limité. Premièrement, parce que l’offre finira par réagir et par augmenter. Deuxième facteur, c’est que la demande, dont la croissance est très intense aujourd’hui, finira par se normaliser.  Le taux de croissance de la demande va, clairement, progressivement ralentir dans les trimestres à venir. Un autre facteur qui joue, c’est que les anticipations inflationnistes des agents économiques sont très bien ancrées.  On le voit dans les enquêtes qui sortent à ce propos. Et puis le dernier élément qui est le facteur le plus  important, c’est que les banques centrales, confrontées à une éventuelle inflation qui resterait très élevée trop longtemps, finiront par réagir et n’hésiteront pas à remonter les taux d’intérêt ou à resserrer la politique monétaire. C’est le message qui a été donné  par le Président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, dans sa conférence récente.