La narration selon laquelle les États-Unis pourraient entrer en récession fait son chemin. Depuis le début de l’année, le terme « récession » apparaît dans un nombre croissant d’articles de Bloomberg (graphique 1). Il est intéressant de noter que sur la même période, on a observé une hausse significative des rendements des bons du Trésor américain.

Récession

Ces deux évolutions sont sans doute liées, dans une large mesure, au ton plus restrictif de la Réserve fédérale américaine qui, non seulement, s’est engagée dans un cycle de hausses des taux, mais qui a aussi indiqué clairement son intention d’effectuer plusieurs relèvements de 50 points de base avant la fin de l’année. Sans surprise, cela a poussé à la hausse les rendements obligataires et nourri la crainte d’un risque de récession.

Ce phénomène transparaît aussi dans la dernière enquête trimestrielle de la Réserve fédérale de Philadelphie réalisée auprès de prévisionnistes professionnels. L’une des questions posées portait sur la probabilité d’une croissance négative en glissement trimestriel sur le trimestre en cours et les suivants[1]. Les graphiques 2 à 6 présentent l’évolution de ces probabilités au début du cycle de hausse des taux depuis 1994[2].

En règle générale, la probabilité d’une récession augmente à mesure que l’horizon de projection s’allonge et que le cycle de resserrement avance. En outre, le risque d’une récession à brève échéance est plus élevé lorsque les taux ont déjà été relevés plus d’une fois. Dans ce contexte, on ne peut qu’être frappé par les évolutions récentes. Les probabilités de récession sur l’horizon de projection se sont accrues et, concernant la dernière observation de l’enquête publiée en mai, elles sont très supérieures aux niveaux observés par le passé à ce stade du cycle de resserrement[3].

Cette situation traduit sans doute la conjonction de deux facteurs : d’une part, la conviction des intervenants du marché que les « atterrissages en douceur » sont un exercice difficile : au cours des décennies récentes, les cycles de resserrement ont le plus souvent été suivis d’une récession.[4] Cela n’implique pas que la contraction de l’activité soit uniquement attribuable à la hausse des taux d’intérêt officiels, néanmoins celle-ci a certainement joué un rôle. D’autre part, dans la situation actuelle, l’inflation est exceptionnellement forte, ce qui justifie des hausses des taux beaucoup plus radicales pour la juguler. Cette situation rend plus périlleux encore l’exercice d’équilibriste de la Réserve fédérale, et alimente les inquiétudes croissantes sur le risque de récession.

Probabilité de récession

 

 

[1] Dans les graphiques 2-6, celles-ci sont respectivement appelées RECESS1 et RECESS2 à RECESS5.

[2] Les graphiques ne représentent pas l’intégralité du cycle dans la mesure où l’objet du présent texte est de comparer le début du cycle actuel avec les cycles précédents.

[3] Le cycle de 1999 était assorti de probabilités de récession élevées pour certains horizons tandis que dans la situation actuelle, l’intégralité de la courbe de probabilité est à un niveau élevé.

[4] Hormis le cycle de 1994-95 qui constitue une exception.