Illustration EcoTV mai 2021

 

QUESTIONS

FRANÇOIS DOUX

À la fin des années 60, les Beatles chantaient « Back in the U.S.S.R. ». Aujourd’hui aux États-Unis, on entend plutôt fredonner « Back to the seventies ». Trois questions sur les années 70 qui reviennent dans l’actualité économique avec William De Vijlder. Bonjour William.

WILLIAM DE VIJLDER

Bonjour François.

FRANÇOIS DOUX

Première question : pourquoi cette référence aux années 70 ?

WILLIAM DE VIJLDER

La référence est inspirée par des commentaires récents, notamment celui de l’ancien secrétaire du Trésor américain, Larry Summers, pour qui que ce qu’on vit aujourd’hui aux États-Unis est un changement de paradigme en termes de politique économique. Le plus important depuis l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan et de Paul Volcker. On se souvient, Ronald Reagan a été le président qui, lors de son inauguration en 1981, a dit que le problème pour l’économie américaine, c’était le gouvernement. Donc le gouvernement n’allait pas apporter la solution, tandis qu’aujourd’hui, bien évidemment, la direction est tout à fait différente, avec une série d’initiatives prises par Joe Biden. Paul Volcker vient après les années 70. Là aussi, c’était un changement fondamental.

FRANÇOIS DOUX

Deuxième question William De Vijlder. Quel était le problème dans ces années 1970 ? On avait du pétrole, de l’inflation. On avait même des idées.

WILLIAM DE VIJLDER

La remarque de Larry Summers, implicitement, fait référence au problème majeur des années 70 aux États-Unis, mais aussi dans beaucoup d’autres pays, qui est une dérive de l’inflation qui échappait à tout contrôle. Maintenant, différents facteurs ont joué. Tout d’abord, il y avait déjà à la fin des années 60 aux États-Unis une certaine surchauffe de l’économie, qui donnait lieu à une hausse tendancielle de la croissance des salaires et de l’inflation. Puis, il y a eu des chocs très importants. Deux chocs de hausse très importante des prix du pétrole, avec plus d’inflation dans l’économie, et une politique monétaire qui n’était pas appropriée. Il est clair que pendant les années 70, avant l’arrivée de Paul Volcker, le gouverneur de la Réserve fédérale n’avait pas le courage de resserrer la politique monétaire parce que ce n’était pas vraiment dans l’air du temps.

FRANÇOIS DOUX

Troisième et dernière question. En 2021, que retenir justement des enseignements des années 70 ? On parle beaucoup d’anticipation inflationniste aujourd’hui.

WILLIAM DE VIJLDER

Ce qui alimente l’inquiétude aujourd’hui, c’est qu’un éventail d’éléments pointe vers une accélération de l’inflation. On le voit dans les enquêtes auprès d’entreprises. Les matières premières qui ont fortement augmenté, la pénurie au niveau des semi-conducteurs, etc. Jérôme Powell, le président de la Réserve fédérale dit alors : « Oui. On voit tout cela, ce sera passager et temporaire. Ce qui est très important, c’est que les anticipations inflationnistes n’ont pas monté. Donc, on peut rester tout à fait serein ». Un point qui est extrêmement important. Dans un discours récent, il a insisté sur le fait que la Réserve fédérale avait bien appris les leçons des années 70. En d’autres termes, les leçons de ses erreurs de politique monétaire. S’il devait y avoir une hausse plus importante et plus pérenne de l’inflation, la Réserve fédérale n’hésiterait pas à réagir et à remonter les taux d’intérêts. C’est un scénario qu’il faudra suivre de près et, bien évidemment, notamment en se focalisant sur les attentes inflationnistes. Parce qu’il est clair qu’aujourd’hui les marchés financiers n’anticipent pas un tel resserrement monétaire sévère.

FRANÇOIS DOUX

À suivre donc, les statistiques qui présagent de l’inflation et, bien sûr, la communication de la Réserve fédérale américaine. Merci William De Vijlder pour ces Trois questions.

WILLIAM DE VIJLDER

À bientôt.

FRANÇOIS DOUX

On se retrouve dans un mois pour un nouveau numéro d’EcoTV