EcoTV Avril 2021

 

FRANÇOIS DOUX

Pour aborder la conjoncture mondiale en 2021 dans les pays les plus avancés, il y a trois critères à prendre en compte : les performances économiques, les performances sanitaires, et les plans de relance qui laissent présager un petit peu d’inflation. Pour parler de tout cela, nous sommes avec William De Vijlder, le chef économiste. Bonjour William.

WILLIAM DE VIJLDER

Bonjour François.

FRANÇOIS DOUX

Les statistiques économiques de ce début d’année sont meilleures qu’attendu. Quelle est votre analyse un peu plus détaillée ?

WILLIAM DE VIJLDER

Effectivement, on se félicite de cette évolution particulièrement favorable. C’était déjà clair du côté américain où l’économie était en train de repartir. On avait vu avant cela, bien évidemment, la performance spectaculaire de la Chine. Mais ce qu’il est important de souligner, c’est que maintenant on le voit également dans l’Union européenne et même au Japon, des régions et des pays qui étaient un peu à la traîne. Là aussi, l’amélioration devient manifeste, et concerne aussi bien le secteur manufacturier que d’autres secteurs économiques.

FRANÇOIS DOUX

Sur un plan sanitaire, en début d’année, vous aviez fait un graphique, ou en fin d’année dernière, sur le rythme des vaccinations. C’est vrai qu’on oscille entre vaccinations et restrictions. La crise sanitaire, elle, ne semble pas trop altérer la performance économique pour l’instant.

WILLIAM DE VIJLDER

Je pense qu’il y a un phénomène de « regarder au bout du tunnel ». Un sentiment certainement du côté des entreprises, une sorte de certitude que l’incertitude va baisser. Cela veut dire qu’à très court terme, nous serons encore confrontés à des restrictions très sévères qui ont d’ailleurs été intensifiées dans plusieurs pays, dont la France. Mais en même temps, avec les vaccinations et l’efficacité de ces mesures restrictives, il y a une perspective de voir apparaître un point de bascule : on va de plus en plus parler de vaccination, du nombre de personnes vaccinées, et de moins en moins de nouveaux cas d’infection.

C’est ce qui pousse les entreprises à voir le verre à moitié plein et à préparer ce qui vient.

FRANÇOIS DOUX

Ce qui vient après aussi est soutenu par les fameux plans de relance dont on parle dans les pays développés, que ce soit la zone euro ou, bien sûr, les États-Unis. Et c’est vrai qu’on a cette baisse de l’incertitude. Je me souviens d’une métaphore que vous avez employée :  celle du train. On est dans un train et on est parti vers la reprise.

William De Vijlder : C’est clair que le train américain est parti, mais ce n’est pas n’importe quel train, c’est un TGV. Et l’image d’être à bord d’un TGV s’applique également à la zone euro. Par cette métaphore, je veux dire que lorsque l’on est à bord, on a beau être stationné en gare, on sait qu’à un moment donné, il partira.

On peut plus ou moins estimer quand il va à partir. On a également la certitude que dès qu’on aura quitté la gare, on va très vite accélérer pour atteindre une vitesse très élevée. Je pense que c’est un peu ce que l’on peut attendre de la conjoncture économique pour le reste de l’année. Et donc pour l’instant, il y a la frustration du nombre de nouveaux cas, des mesures restrictives, etc. Mais, en même temps, il y a cette perspective que cela ira mieux, que les mesures vont être levées et que le train va fortement accélérer.

On a donc une perspective, pendant plusieurs trimestres, d’une croissance qui va largement dépasser la moyenne de long terme.

FRANÇOIS DOUX

Il faut quand même faire un peu attention aux éventuels goulets d’étranglement. On a bien sûr vu le canal de Suez bloqué quelques jours et un impact sur le commerce international. Mais au-delà de cet épiphénomène, qui n’a pas beaucoup duré, il peut y avoir d’autres feux rouges pour prendre ce train de la reprise.

WILLIAM DE VIJLDER

Oui, c’est une remarque très pertinente. On le voit d’ailleurs dans une multitude d’indicateurs. C’est assez intéressant de constater que d’après une multitude d’indicateurs, ça ira mieux en termes d’activité et de demande. Mais en même temps, on voit aussi que du côté des prix, des prix des intrants par exemple, un peu partout dans le monde où on a des enquêtes, on voit très bien qu’ils sont en train de monter fortement. Je pense que c’est en partie encore lié à cette disruption profonde qu’on a vue en 2020, la disruption de l’offre de la chaîne de valeur.

Par exemple, c’est manifeste auprès des entreprises américaines qui, dans les enquêtes, montrent très clairement être confrontées à une forte hausse des prix des intrants. On constate aussi que plus ces entreprises sont d’avis qu’elles sont face à ce problème, plus elles expliquent avoir l’intention d’augmenter leurs propres prix de vente. Et le second semestre va être marqué par un focus de plus en plus intense sur la dynamique d’inflation, avec un certain inconfort qui peut en découler au niveau du comportement du marché obligataire, parce que cela devrait se traduire par une hausse progressive des taux longs, même en zone euro.

FRANÇOIS DOUX

Le retour de l’inflation, c’est en tout cas ce qu’il y a dans l’esprit des marchés. Merci William De Vijlder pour ce point sur la conjoncture globale et à bientôt dans EcoTV.