William De Vijlder

Directeur de la Recherche Economique du Groupe BNP Paribas

Politique budgétaire et monétaire

William De Vijlder aborde ici la politique budgétaire et monétaire à travers les décisions des gouvernements et des banques centrales (BCE, Réserve fédérale, Banque d’Angleterre…), et en particulier l’évolution du solde budgétaire d’un pays et la question de l’endettement du secteur public.

Euro vs dollar

Désynchronisation monétaire : un casse-tête en perspective ?

La désynchronisation monétaire entre les États-Unis et la zone euro semble inévitable. Elle résulte d’évolutions très différentes en termes d’inflation. Quant à savoir si elle compliquera la tâche de la Banque centrale européenne pour atteindre son objectif d’inflation, l’influence des conditions financières dans la zone euro sera ici décisive à court terme. Dans l’ensemble, l’effet net devrait être limité. Les exportations devraient jouer un plus grand rôle à moyen terme, une fois que le cycle de resserrement monétaire aux États-Unis sera bien engagé. La croissance de la demande intérieure américaine va alors ralentir, ce qui pèsera sur les importations et, donc, sur les exportations de la zone euro vers les États-Unis. Une telle évolution compliquerait la tâche de la BCE si, à ce moment-là, l’inflation n’avait pas encore atteint son objectif.

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Banque centrale européenne

Zone euro : orientation à la hausse des risques inflationnistes

Malgré le relâchement récent des tensions élevées sur les prix dans l’industrie manufacturière de la zone euro, les analystes craignent une inflation durablement plus élevée que par le passé. La BCE semble de plus en plus partager ce point de vue, ce qui a son importance dans la perspective de la réunion du Conseil des gouverneurs de décembre. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement et la hausse des prix des intrants auront-elles un effet durable sur l’inflation ? Cela dépendra de leur transmission au reste de l’économie. On peut s’attendre à ce qu’elle soit plus marquée sous l’effet conjugué d’une demande vigoureuse, de la faiblesse des stocks et de l’allongement des délais d’approvisionnement. C’est la situation qui prévaut actuellement dans les secteurs des biens de consommation durables, des biens intermédiaires et des biens d’équipement. Mais peut-être l’inflation surprendra-t-elle, après tout, à la hausse à court terme.

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bce

BCE : une orientation accommodante dont on ne voit pas la fin

Les nouvelles projections macroéconomiques de la Banque centrale européenne ont de quoi refroidir l’optimisme des épargnants, qui espéraient que plusieurs années de croissance supérieure au potentiel ouvriraient la voie à un relèvement des taux directeurs. Il est clair qu’au stade actuel, certaines conditions des indications prospectives (forward guidance) sur les taux d’intérêt, qui ont été récemment révisées, ne sont pas remplies. À en juger par les dernières projections de la BCE, ce devrait être encore le cas en 2023, même dans l’hypothèse d’un scénario de reprise en douceur. La lente augmentation de l’inflation sous-jacente ne sera probablement pas estimée satisfaisante. Les épargnants n’ont plus qu’à espérer que l’interaction entre croissance et inflation évolue ou que les projections de la BCE se révèlent trop prudentes.

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Illustration article Agefi septembre 2021

Les coûts visibles et cachés du manque d’espace budgétaire des Etats

L’augmentation considérable de l’endettement du secteur public, due à la pandémie, était une conséquence inéluctable des stabilisateurs automatiques étant donné le rôle de ces derniers. Elle était également salutaire voire indispensable, eu égard au rôle clé des mesures prises par les gouvernements pour soutenir les agents économiques et relancer la demande. Cette hausse suscite néanmoins la question de la voie à suivre en matière de politique budgétaire dans les années à venir.

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FED

La Réserve fédérale adapte sa forward guidance : la BCE va-t-elle lui emboîter le pas ?

Dans la première phase de l’assouplissement quantitatif, les marchés financiers considèrent que la forward guidance sur les rachats d’actifs et celle sur les taux directeurs sont étroitement liées. Cela génère un renforcement mutuel de ces deux instruments. Par la suite, la crainte que cet effet de signal agisse aussi dans l’autre sens peut se renforcer. La réduction des achats mensuels d’actifs peut être interprétée comme l’annonce d’un relèvement prochain des taux, une fois que les achats nets auront pris fin. Aux États-Unis, Jerome Powell a été très clair : une réduction progressive des achats d’actifs n’annoncerait pas un changement de perspective pour les taux des Fed funds. Dans la zone euro, les deux types d’indications prospectives sont explicitement liés, ce qui pourrait compliquer la réduction des achats mensuels d’actifs face aux anticipations de taux d’intérêt. Au moment de prendre une décision concernant le PEPP, il serait bon de revoir le lien entre les indications sur l’APP et celles sur les taux.

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Revue stratégique de la BCE : « Nous vous avons entendu et vous avons écouté »

Les conclusions de la revue stratégique de la BCE montrent que le Conseil des gouverneurs a écouté attentivement les propos de son auditoire. Son objectif d’inflation est désormais vraiment symétrique, levant ainsi toute ambiguïté sur la perception que son précédent objectif était asymétrique. Trois autres changements se font l’écho des points abondamment commentés lors des manifestations de sensibilisation organisées par l’Eurosystème. Le coût des logements occupés par leur propriétaire sera pris en compte dans l’évaluation du contexte d’inflation. La communication sera orientée vers un public plus large et une décision a été prise de s’engager dans un plan d’action ambitieux en matière de climat. Retour désormais à la lourde tâche d’essayer de faire grimper l’inflation à 2%.

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FOMC

Réserve fédérale : une meilleure crédibilité

Les membres du FOMC sont plus nombreux qu’avant à anticiper un relèvement des taux en 2022 et Jerome Powell a clairement indiqué, lors de sa conférence de presse, qu’une réduction progressive du programme d’achats de titres (« tapering ») serait mise en place si les circonstances l’exigent. Cependant, les rendements des obligations d’État américaines à 10 ans, après une remontée initiale, se sont négociés en deçà du niveau précédant la réunion du FOMC. Les points morts d’inflation ont également baissé. Les investisseurs obligataires semblent partager l’opinion de la Réserve fédérale selon laquelle le taux actuellement élevé de l’inflation sera temporaire. C’est ce qui explique également le repli du cours de l’or. La réaction négative des marchés actions reflète une augmentation de la prime de risque demandée et témoigne d’une certaine inquiétude quant à l’impact d’une politique monétaire moins accommodante sur les perspectives de croissance.

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BCE /EBC

La BCE sous pression

À en juger par les statistiques récentes, le PEPP, acronyme du Pandemic Emergency Purchase Programme (programme d’achats d’urgence face à la pandémie), introduit l’année dernière par la BCE, pourrait tout aussi bien se lire « pressions exceptionnelles sur les prix liées à la pandémie ». La prochaine réunion du conseil des gouverneurs et les projections de la banque centrale sont très attendues. La prolongation du PEPP au-delà de mars 2022 dépendra des chiffres de l’inflation. La BCE préfèrera probablement disposer de davantage de données et reporter sa décision après l’été.

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Prévisions d’inflation : « Faites-nous confiance ! », tel est le message des banques centrales

Une confiance accrue dans la qualité des prévisions économiques d’une banque centrale améliore la transmission monétaire et, par conséquent, l’efficacité de la politique monétaire. Dans l’environnement actuel de montée des tensions inflationnistes, la conviction des opérateurs du marché de la supériorité des banques centrales en matière de prévisions devrait limiter la hausse des anticipations d’inflation. La recherche permet néanmoins d’en douter. Même si les projections de la Réserve fédérale ont tendance à comporter moins d’erreurs que celles du secteur privé, l’écart s’est réduit depuis les années 1990. Dans la zone euro, les erreurs des prévisions d’inflation, fournies par les services de l’Eurosystème et de la BCE, sont comparables à celles de l’enquête de la BCE réalisée auprès des prévisionnistes professionnels.

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Les banques centrales face au changement climatique

Les banques centrales prennent de plus en plus conscience de l’impact du changement climatique sur les prix et la stabilité financière. De plus, par le biais des collatéraux et des achats d’actifs, leurs bilans sont exposés à ce risque. La BCE l’a intégré à sa revue de la stratégie monétaire lancée en 2020. La question centrale est de savoir si la BCE devrait aussi poursuivre des objectifs climatiques dans sa politique monétaire. Cela pourrait être perçu par certains comme trop éloigné de sa mission qui consiste à viser la stabilité des prix. A minima, on s’attend à ce que la banque centrale demande davantage d’informations sur les facteurs liés au climat des actifs qu’elle détient. La question du maintien de la neutralité de ses achats à l’égard du marché reste ouverte. Le marché attend donc avec impatience le résultat de la revue stratégique qui devrait être annoncé en septembre 2021.

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FOMC

États-Unis : lire dans les pensées de la Réserve fédérale

Les dernières projections des membres du FOMC reflètent l’effet d’entraînement, robuste mais temporaire, de la relance budgétaire et de la normalisation de l’activité économique du fait de la vaccination des adultes. Ils tablent ainsi sur une hausse limitée de l’inflation. Quatre d’entre eux estiment désormais que la situation justifierait un relèvement du taux des fonds fédéraux l’année prochaine. Selon sept autres, les conditions seraient réunies pour 2023. Le président de la Fed n’a pas manqué de souligner que les projections ne constituent pas les prévisions du Comité et que les données ne justifient pas un virage monétaire. Ce message a manifestement ancré les taux d’intérêt à court terme, tandis que les rendements des obligations à long terme fluctuent entre soulagement et malaise à propos du niveau auquel le taux des fonds fédéraux pourrait se situer d’ici plusieurs années.

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Politique monétaire

Doit-on craindre un durcissement des conditions financières dans la zone euro ?

Au regard des évolutions du marché obligataire et du marché actions, le cycle financier est très synchronisé au niveau mondial. Néanmoins, on constate une désynchronisation des cycles conjoncturels entre les États-Unis et la zone euro. La poussée des rendements des obligations d’État de la zone euro, dans le sillage des taux américains, ne doit pas être considérée comme un signe de bonne santé économique. Au contraire, elle intervient à un mauvais moment. On peut, a minima, s’attendre à une déclaration très ferme du Conseil des gouverneurs de la BCE, le 11 mars prochain, sur sa détermination à agir en cas de hausse persistante des rendements. Bien entendu, les marchés préféreraient une action immédiate. Après tout, l’outil (le Programme d’achats d’urgence face à la pandémie ou PEPP) est déjà là et on pourrait en faire un plus large usage.

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Illustration ECOTV Mars

La remontée des rendements obligataires implique-t-elle un contrôle de la courbe des taux ?

Aux États-Unis, la perspective d’une nouvelle relance budgétaire massive sur fond de campagne de vaccination rapide a récemment entraîné une hausse significative des rendements des Treasuries. Cette dynamique des taux longs a eu des répercussions au niveau mondial avec une nette hausse des taux longs en Europe (les taux Bund à 10 ans ont enregistré une hausse de presque 40 points de base) mais aussi dans d’autres parties du monde comme l’Australie.

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Dette

Le coût de l’annulation de la dette publique (et du débat qu’elle suscite)

Récemment, plusieurs appels ont été lancés en faveur de l’annulation d’une partie de la dette publique détenue par la BCE. Une telle opération constituerait une violation du traité européen. Sur le plan économique, elle serait inutile étant donné que les intérêts versés à la BCE au titre de la dette reviennent aux Etats sous forme de dividendes. De plus, cela aurait en fait un coût : la hausse des anticipations d’inflation et/ou l’augmentation de la prime de risque d’inflation entraîneraient une remontée des rendements obligataires. La nature extrême de cette mesure pourrait également saper la confiance. En réalité, la très grande faiblesse des taux d’intérêt implique que les Etats ont beaucoup de temps devant eux pour restaurer les finances publiques. Enfin, la simple évocation par de hauts responsables de la possibilité d’une annulation de la dette pourrait aussi entraîner un coût : les marchés financiers pourraient estimer que l’impensable devient progressivement moins impensable.

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Public finance

États-Unis : en matière de relance budgétaire, le risque est de ne pas en faire assez

L’état désastreux du marché du travail exige un effort de soutien important de l’économie. Ce point de vue est partagé par le président de la Fed, Jerome Powell, et le secrétaire au Trésor, Yellen. Le plan de relance budgétaire massif préparé par l’administration Biden a fait l’objet de critiques de la part d’éminents économistes. Selon eux, ce plan est trop important et pourrait provoquer une augmentation considérable de l’inflation. En décidant de la taille du plan budgétaire, les considérations de gestion des risques jouent un rôle important. Le risque le plus important est clairement de ne pas en faire assez. Cependant, si l’on fait beaucoup, la Réserve fédérale devra finalement démontrer son indépendance en n’hésitant pas à augmenter les taux malgré l’impact sur les finances publiques.

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