Deux grandes banques centrales mondiales ont créé la surprise ces dernières semaines. Le 21 janvier, la Banque centrale européenne (BCE) a, en effet, promis des mesures d’incitation supplémentaires lors de la réunion du 10 mars, tandis que la Banque du Japon (BoJ) introduisait, le 29 janvier, à la surprise générale, des taux d’intérêt négatifs. Quant à la Réserve fédérale, elle soulignait le 27 janvier dernier qu’elle « surveillait de près l’évolution économique et financière mondiale ». Certes, la référence à l’environnement international n’avait rien d’étonnant mais cela n’a fait que renforcer le ton accommodant du communiqué de presse qui a suivi la réunion du FOMC.

Le graphique ci-dessous montre l’évolution de l’euro, du yen et du dollar US depuis le début de l’année ainsi que celle des rendements des obligations d’Etat à 10 ans en Allemagne, au Japon et aux Etats-Unis. Les lignes verticales correspondent aux dates des réunions de la BCE et de la BoJ.

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Les conclusions de la réunion de la BCE, le 21 janvier, ont eu un léger impact négatif sur la parité EUR/USD et la décision de la BoJ a poussé le taux de change USD/JPY à la hausse. Aujourd’hui, à peine deux semaines après la réunion de la BCE, l’euro s’est apprécié face au dollar comparé au taux qui était le sien avant la réunion. Le yen s’est également raffermi vis-à-vis du dollar par rapport à son niveau antérieur à la réunion de la BoJ.

Concernant les rendements obligataires, les incertitudes grandissantes entourant les perspectives mondiales ont entraîné un repli en Allemagne, au Japon et aux Etats-Unis depuis le début de l’année. En Allemagne et au Japon, l’effet des réunions respectives des banques centrales sur les rendements obligataires a été plus durable que sur les taux de change. Peut-être faut-il y voir aussi la conséquence d’un phénomène plus global, étant donné que les rendements ont légèrement baissé aux Etats-Unis. Cela implique également que, par un effet mécanique, la probabilité de nouveaux resserrements de la politique monétaire américaine sur le reste de l’année a sensiblement diminué, passant à 10 % pour la réunion des 15 et 16 mars et à 50 % en décembre prochain. Cette évolution explique le tout récent raffermissement de l’euro et du yen face au dollar. En l’absence d’une nouvelle augmentation des chances de relèvement des taux directeurs aux Etats-Unis il y aura blocage du canal du taux de change comme mécanisme de transmission de la politique monétaire dans la zone euro et au Japon, sauf nouvelle surprise de la part de la BCE et de la BoJ. Au-delà de la décision de la Banque centrale américaine, la robustesse ou le fléchissement des données aux Etats-Unis semblent revêtir une importance primordiale. De fait, les grands écarts de rendement rappellent à quel point il peut être tentant de mettre en place des opérations de « carry trade » financées en euros ou en yens pour peu que les statistiques US le justifient.