L’évolution récente de l’économie mondiale, économie US comprise, justifie pleinement la référence à l’« incertitude » faite par Janet Yellen dans son récent discours devant l’Economic Club of New York. Face à l’incertitude, les ménages comme les entreprises se feront plus prudents : ils devraient reporter leurs décisions de dépenses et d’investissements à des temps meilleurs en termes de visibilité. Pour les banques centrales, intégrer le rôle de l’incertitude s’avère particulièrement complexe lorsque les taux d’intérêt sont bas. Une erreur de politique, à savoir un resserrement qui par la suite s’avérerait injustifié, peut entraîner une contraction de l’activité économique, difficile à contrecarrer à des taux toujours proches de la borne zéro. Ceci milite en faveur d’une approche graduelle comme l’a expliqué avec éloquence Janet Yellen à New York, ce qui sous-entend de procéder lentement en matière de hausse des taux. Le marché a apprécié le propos. Avec l’aide de la Banque centrale, une incertitude en hausse a, donc, été le signal d’une prise de risque accrue…

Il s’agit du énième exemple de l’influence réciproque entre les anticipations de la politique de la Fed et les marchés financiers. Le graphique infra montre l’évolution depuis février 2015 de l’indice boursier S&P500 et de la probabilité qu’à l’occasion de sa réunion des 14 et 15 juin 2016[1] le taux de la Fed se situe dans la fourchette 0,50 %-0,75 % (impliquant deux hausses en se plaçant avant décembre 2015 et une hausse supplémentaire après le resserrement de décembre 2015).

graphique01.04.2016

Sept épisodes illustrent l’influence réciproque entre Wall Street à New York et Constitution Avenue à Washington DC :

  1. Corrélation positive entre cours des actions et probabilité de hausse des taux.
  2. Chute des actions après la dévaluation surprise du Yuan chinois. Les anticipations de taux ont à peine bougé.
  3. Les anticipations de taux ont baissé, alimentant une attitude favorable au risque : montée des actions. Dans un deuxième temps et en conjonction avec le flot de nouvelles, les anticipations de hausse des taux augmentent, impliquant une corrélation positive avec la bourse.
  4. Le FOMC décide de relever le taux des Fed funds et les anticipations d’une nouvelle hausse augmentent. Les actions se montrent très volatiles.
  5. Le très mauvais comportement des marchés actions en début d’année (incertitude sur la Chine et cours du pétrole au plus bas) rend moins probable une nouvelle hausse des taux d’ici juin 2016.
  6. Rebond des actions depuis des niveaux survendus à la faveur de données en amélioration et de paroles réconfortantes du président de la Banque centrale de Chine. Nouvelle remontée des anticipations de relèvement de taux par la Fed, impliquant une corrélation positive avec les actions.
  7. Commentaires baissiers du FOMC et de Janet Yellen entraînant une baisse des anticipations de relèvement des taux. Wall Street apprécie : l’inquiétude relative à un resserrement monétaire se dissipe. Une mauvaise nouvelle se transforme à nouveau en bonne nouvelle, et la corrélation entre actions et anticipations de relèvement de taux a changé de signe, pour passer à négatif.

Au final, les temps ont été mouvementés l’année passée avec des changements de liens de causalité (depuis les anticipations sur la politique de la Fed vers les actions et en sens inverse) et de signe dans la corrélation. On en oublierait presque combien le marché a été volatil, mais aussi que finalement son évolution a été tout simplement… horizontale.

William De Vijlder

Responsable de la Recherche économique du Groupe, BNP Paribas

31 mars 2016

[1] Sur la base de l’écran WIRP sur Bloomberg.