Lundi 2 juin 2014 

Bruxelles

J’enregistre une vidéo pour le réseau bancaire de détail de BNP Paribas Fortis en Belgique au sujet de l’investissement systématique. Ce type d’investissement est très intéressant pour les investisseurs à moyen ou long terme qui sont en mesure d’investir plus ou moins fréquemment. C’est non seulement facile (l’argent disponible est automatiquement investi dans des fonds soigneusement sélectionnés auparavant), mais il permet surtout à l’investisseur d’éviter de se poser l’épineuse question « faut-il ou non investir » à chaque fois qu’il a de l’argent à placer. Cette approche a comme corollaire et comme énorme avantage d’échelonner le prix moyen auquel une personne a investi (« dollar cost averaging» dans le jargon technique). 

Mardi 3 juin 2014 

Luxembourg

Je participe à plusieurs réunions avec des journalistes et des clients pour présenter nos perspectives de marché pour le second semestre. On me demande souvent s’il y a trop de complaisance dans les marchés – en référence à l’absence de tout impact durable de l’évolution de la situation en Ukraine et de la baisse tendancielle des rendements des obligations d’État américaines et européennes – alors que tout le monde s’attend à un démarrage du cycle de resserrement de la Fed l’année prochaine. Ces deux sujets (Ukraine, baisse des rendements obligataires) reflètent l’attention des marchés sur les catalyseurs à court terme. Dans le cas des États-Unis, il n’y a aucun catalyseur à court terme (le cycle de durcissement ne devrait commencer que durant l’été 2015), tandis que les catalyseurs en Ukraine n’étaient pas assez forts pour détourner les investisseurs des actifs risqués.

Mercredi 4 juin 2014 

Paris

Je prends la parole lors d’un séminaire international destiné aux gérants de clientèle de BNP Paribas. L’organisateur m’a donné le sujet: « La symphonie des marchés ». J’aime certes utiliser des métaphores dans mes présentations, mais celle-ci était particulièrement ardue, ne fût-ce que parce que je suis loin d’être un expert en musique classique. Autrefois, quand je manquais d’inspiration, j’allais à la bibliothèque. De nos jours, il suffit de consulter Google ou Wikipedia. Les mouvements d’une symphonie correspondent aux cycles de marché pour les investisseurs. Ils comportent généralement trois ou quatre mouvements, contre quatre dans l’économie (reprise, expansion, crise, récession). Le rôle du chef d’orchestre est joué par l’allocateur d’actifs, qui doit veiller à ce que sa prestation soit bien équilibrée…

Jeudi 5 juin 2014 

Amsterdam / Rotterdam

Après une réunion de presse à Amsterdam, je me rends à Rotterdam pour une conférence clients. Je suis assis à l’arrière de la voiture conduite par un collègue pour suivre la conférence de presse de Mario Draghi en webconférence directe sur mon laptop, tout en tweetant. Malgré des promesses déjà très ambitieuses, le message principal étant que la vigueur de l’euro et les risques de déflation préoccupent beaucoup l’ensemble du directoire, les décisions prises parviennent quand même à surprendre positivement et à provoquer le rebond des marchés. Point intéressant, la dépréciation de l’euro est explicitement mentionnée comme une conséquence attendue des décisions de la BCE. L’euro est-il finalement devenu un objectif de la politique monétaire? Sur Twitter, les réactions sont étonnamment mitigées. Certains disent que la BCE a vidé l’artillerie en prenant autant de mesures en une fois. D’autres regrettent l’absence d’assouplissement quantitatif (QE) digne de ce nom (c.-à-d. achat d’obligations d’État).

Je résume mon point de vue lors de la conférence clients qui a lieu plus tard dans l’après-midi: 1) c’est un ensemble complet de mesures; 2) il est bien équilibré (par ex. le taux de dépôt négatif en soi aurait eu un impact limité parce que les réserves excédentaires dans le système seraient devenues limitées, mais l’arrêt de la stérilisation dans le cadre du « Securities Markets Programme » (Programme pour les marchés de titres) permet justement d’augmenter ces réserves); 3) l’enquête sur les prêts bancaires de la BCE montre que la demande de crédit devrait croître, de sorte que l’opération de refinancement à long terme ciblée (TLTRO) devrait avoir du succès; 4) une fois que l’analyse de la qualité des actifs (« Asset Quality Review ») par la BCE sera terminée, les banques devraient être plus enclines à accorder du crédit. Concernant la question du QE par l’achat d’obligations d’État: 1) je suppose que le Conseil des gouverneurs est moins unanime à ce propos et qu’il n’envisage probablement d’y faire appel qu’en dernier recours; 2) la BCE souhaite garder des munitions en espérant entre-temps que le TLTRO suffira; 3) les rendements des obligations d’État ont déjà tellement baissé que des achats massifs par la BCE risqueraient de créer une bulle du marché des obligations d’État (il y a quelques mois, les médias ont indiqué que, selon une source de la BCE, il ne faudrait pas moins de 1000 milliards d’euros pour influencer significativement l’inflation).

En début de soirée, je dîne avec des clients. Il y a plusieurs tables, et les économistes Paul Krugman et Carmen Reinhart passent de l’une à l’autre pour répondre aux questions (je reviendrai là-dessus dans un prochain billet). Je ne pense pas avoir jamais eu une association aussi intéressante entre la nourriture réelle et la nourriture intellectuelle. Après le dîner, MM. Krugman et Reinhart prennent la parole lors d’une conférence organisée par Elsevier. Je participe au débat de clôture avec des économistes néerlandais (même si je suis Belge…). Le débat est très animé et les opinions divergent sensiblement, sur la politique budgétaire, sur ce que la BCE devrait faire, sur l’allégement de la dette et sur la politique structurelle. Il est largement passé minuit quand je rentre à l’hôtel après cette journée des plus intéressantes. 

Vendredi 6 juin 2014 

Londres

J’enregistre une interview vidéo dans les bureaux du Financial Times avec John Authers au sujet de l’ouverture des vannes par la BCE, dont voici le lien: http://video.ft.com/3608730070001/Has-Draghi-opened-the-floodgates-/Markets

William De Vijlder

Vice – Chairman de BNP Paribas Investment Partners