Lundi 31 mars 2014 

Voyage à Brasilia

Je patiente à la porte d’embarquement à l’aéroport Charles de Gaulle, lorsque survient une agréable surprise. Pour fêter son vol inaugural vers Brasilia, Air France met les petits plats dans les grands : danseurs et musique samba. Le spectacle nous plonge déjà dans l’ambiance brésilienne. J’ai passé une bonne partie des dix heures de vol à lire des articles et analyses sur la manière dont les marchés occidentaux et leur politique économique influencent les marchés émergents. Cette lecture me permet de préparer le discours que je donnerai plus tard cette semaine en Colombie. Arrivé à Brasilia, je fais la queue pour un taxi. La file d’attente est interminable et compte près de 100 personnes. Le voyage en taxi jusqu’à hôtel est déjà toute une expérience en soi : les routes sont cahoteuses – il a plu des cordes récemment – il fait sombre – les réverbères dégagent une lumière plus faible qu’en Europe. Imperturbable, le chauffeur conduit, une main sur le volant, sur la bande de gauche à 100km/heure. J’étais soulagé d’arriver à l’hôtel en un morceau.

Mardi 1er avril 2014 

Brasilia

Je lis les indicateurs économiques publiés hier pendant mon vol et ce matin. Certains pays ont bien besoin d’un coup de pouce. L’enquête Tankan fait état d’une croissance insuffisante des dépenses d’investissement au Japon ; l’inflation en zone euro est tombée à 0,5%, et les indices PMI chinois se tassent. Heureusement que Janet Yellen a rassuré les marchés la nuit dernière en confirmant qu’un soutien politique de la Fed sera nécessaire pendant encore un certain temps. Tout signe qui cache la dure réalité selon laquelle, tôt ou tard, les taux finiront par remonter, est salué par les marchés. Après s’être délecté de punch pendant si longtemps, il n’est pas facile de repasser à l’eau.

Après une longue réunion avec un investisseur institutionnel dans l’après-midi, je prends le taxi pour l’aéroport. Il pleut des cordes, contraignant le chauffeur à lever le pied. Le trajet est moins stressant que celui d’hier. La compagnie aérienne parvient à me trouver une place sur un vol plus tôt vers Sao Paulo. Pendant le vol, je lis « The hour between dog and wolf – risk taking, gut feelings and the biology of boom and bust » de John Coates. Ancien trader à Wall Street reconverti en neuroscientifique, il sait de quoi il parle. Il présente sa théorie selon laquelle la réussite déclenche des réactions physiologiques lesquelles augmentent la propension à prendre des risques, avant de s’écraser contre le mur. Après cette lecture, je ne regarderai plus jamais les marchés haussiers de la même façon. Une lecture intéressante.

Mercredi 2 avril 2014 

Sao Paulo

Je donne un discours à la conférence sur les obligations, les prêts et les produits dérivés au Brésil. Avec près de 300 personnes, la salle est pleine à craquer. Les autres intervenants et moi discutons de l’impact de la politique de la Fed et des facteurs locaux. Le tapering était le sujet de débat l’année passée. Aujourd’hui, la question centrale est de savoir si la Fed sera contrainte d’avancer son premier relèvement de taux (ce qui serait une mauvaise nouvelle pour les actifs risqués, et donc pour les obligations des pays émergents). Nous passons également en revue les fondamentaux spécifiques au pays. La dette émergente en général offre des valorisations intéressantes, bien que le Brésil soit confronté à des défis cycliques (réduire l’inflation) mais aussi et surtout structurels (accroître le potentiel de croissance du PIB en investissant dans les infrastructures).

Je déjeune avec nos responsables locaux des produits de taux et des solutions d’investissement. Ils expliquent que les investisseurs étrangers achètent des actions en s’appuyant sur des enquêtes qui indiquent une perte de popularité de la présidente Dilma Rousseff. Cette stratégie me paraît risquée : les élections n’ont pas lieu avant octobre et les enquêtes d’opinion montrent que malgré sa popularité en baisse, la présidente sortante serait réélue au premier tour.

Jeudi 3 avril 2014

Cartagena

Après une halte à Bogota, j’atterris à Cartagena (Colombie) à 1h du matin. Après une nuit courte, je me rends à la conférence annuelle organisée par la International federation of pension funds (FIAP) et la Columbian association of pension funds (ASOFONDOS). Il s’agit d’un rendez-vous très prisé puisque près de 500 personnes ont répondu présent. Dès la session d’inauguration, un constat apparait clairement. Les problèmes ici sont les mêmes qu’en Europe : une évolution démographique défavorable (population vieillissante), le risque lié à la longévité, la faiblesse des rendements, l’aversion pour le risque, le besoin de formation financière, la nécessité de diversifier à l’échelle mondiale, etc. Ma présentation porte sur l’impact de l’accélération de la croissance dans les économies développées sur les marchés émergents. Je l’ai intitulée : « Une bénédiction relative ? » Relative, car si les échanges commerciaux sont incontestablement positifs, la question est de savoir si les investisseurs deviendront fébriles et exigeront des primes de risque plus élevées (des spreads plus élevés pour les obligations) ou non (d’où la forme interrogative du titre). J’ai conclu en expliquant qu’il est difficile de réguler les mouvements de capitaux internationaux mais que les pays devraient se préparer au choc en améliorant leurs fondamentaux nationaux (inflation, déficit public, compte courant).

Je profite de la pause-café pour consulter Twitter. Je lis que la BCE garde le même cap (c’était attendu). Je donne une présentation pendant le déjeuner sur les événements en Europe à l’intention d’investisseurs institutionnels colombiens. Leurs questions trahissent quelques inquiétudes concernant l’analyse de la qualité des actifs (AQR) menée par la BCE.

Mon hôtel se situe dans les quartiers anciens de Cartagena. En soirée, je me rends à pied au dîner de la conférence : je peux ainsi admirer toute la beauté et l’authenticité de cette partie de la ville.

Vendredi 4 avril 2014 

Vol retour à partir de Bogota

Après un vol intérieur Cartagena-Bogota, je monte dans l’avion qui me ramène sur le Vieux continent. J’ai vécu une semaine des plus intéressantes. L’Amérique latine est une mosaïque de pays très variés. La Colombie traverse une période faste avec une croissance forte et une inflation faible. La situation du Brésil est très différente : la croissance ne décolle pas, alors que l’inflation s’envole. D’où la 9e hausse consécutive de taux directeurs mercredi dernier. Or, il se pourrait que cela soit la dernière : une nouvelle qui suffit à donner une lueur d’espoir aux investisseurs. Dans l’avion, je lis un article du Figaro sur le jeu d’équilibriste des dirigeants chinois confrontés à de nombreux défis économiques. Ensuite, je regarde « Casse-tête chinois » (tiens, tiens !), le film de Cédric Klapisch. Il y décrit le jeu d’équilibriste (tiens, tiens !) de Romain Duris, le personnage principal, qui tente de mettre un peu d’ordre dans sa vie privée, après avoir quitté la France pour New York.

 

William De Vijlder

Vice – Chairman de BNP Paribas Investment Partners