La zone euro se porte mieux. Le quatrième trimestre 2016 a vu une vraie accélération dans le secteur manufacturier et celui des services. Selon les données de la Commission européenne, depuis la mi-2016 la confiance des consommateurs a nettement progressé de même que celle des entreprises.

Autre point important : plusieurs pays participent à ce mouvement. L’indice des directeurs d’achats du secteur manufacturier atteint un niveau particulièrement élevé en Autriche, en Allemagne, en Irlande, aux Pays-Bas et en Espagne ; en France comme en Italie le chiffre dépasse nettement 50, niveau qui marque la différence entre croissance et baisse de l’activité. Dans les services, la lecture est la même : la reprise est très partagée. Ainsi, le PIB réel a progressé de 0,5% au quatrième trimestre par rapport au troisième (chiffre non annualisé) et tout porte à croire que le résultat pour le trimestre en cours sera tout aussi bon.

Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique. Du côté de l’externe, il convient de citer la meilleure conjoncture chinoise, grâce aux efforts de relance, qui a dopé les exportations de la zone euro ; l’impact jusqu’ici limité du Brexit sur l’économie britannique qui, rappelons-le, est un partenaire commercial important de la zone ; la perspective d’une relance budgétaire aux Etats-Unis ; ou encore un euro compétitif. En matière de demande interne, la confiance des ménages et la hausse de leur revenu disponible réel soutiennent la consommation, tandis que plusieurs années de croissance et des conditions de financement avantageuses sont favorables à l’investissement des entreprises.

Mais jusqu’où l’amélioration peut-elle aller ? D’après plusieurs variables, un potentiel pour retrouver les pics passés subsiste. Mais cela ne veut pas dire qu’il sera atteint. D’après l’enquête sur les prêts bancaires, le taux de croissance des investissements aurait plutôt tendance à se stabiliser. Du côté des ménages, le rebond de l’inflation, en grande partie lié à la hausse des prix énergétiques, pèsera sur la croissance du revenu réel et donc de la consommation, sauf si les ménages décidaient d’épargner moins. L’incertitude autour des élections dans plusieurs pays ne devrait pas jouer un rôle important, à en juger les analyses empiriques sur cette incertitude et l’investissement des entreprises. En outre, la politique budgétaire devrait moins contribuer à la croissance qu’en 2016. Parmi les facteurs internationaux, la perspective de resserrements monétaires aux Etats-Unis (nous tablons sur trois hausses cette année) devrait soutenir le dollar d’ici la fin de l’année, à l’avantage de la zone euro. La relance budgétaire de la nouvelle administration américaine devrait également exercer une influence favorable pour la zone, quoique plutôt en 2018. Au final nous tablons sur une croissance du PIB en zone euro de 1,6% cette année de même qu’en 2018.

La zone euro se porte-t-elle vraiment mieux ? Au-delà de l’indéniable amélioration de l’environnement cyclique, il est important de rappeler les nombreux défis structurels. Sur la liste – non exhaustive – citons un taux de croissance potentiel trop bas, un niveau de chômage trop élevé dans plusieurs pays, en particulier celui des jeunes, l’endettement du secteur public, la nécessité d’une union des marchés de capitaux, etc. Des progrès dans ces domaines permettraient de mieux résister à un essoufflement de la croissance qui, malgré l’optimisme actuel, viendra un jour. Le comportement exact des cycles économiques peut être incertain mais la succession de reprises et ralentissements ne fait aucun doute.

William De Vijlder

Directeur de la Recherche économique, BNP Paribas