Au regard du récent ralentissement des données économiques, le FMI et les prévisionnistes professionnels contactés par la BCE revoient à la baisse leurs prévisions. Nous abaissons également les nôtres pour la zone euro en 2019.

William De Vijlder - photo EcoTV129

 

TRANSCRIPTION

François Doux

Les prévisionnistes ont le blues. Les économistes qui prévoient le comportement de la croissance dans les mois à venir sont de plus en plus pessimistes.

Ceux interrogés par la BCE ne prévoient plus que 1,5 % de croissance dans la zone euro en 2019, contre 1,8 %. Vous aussi vous êtes pessimiste ? Un peu plus qu’avant ?

William De Vijlder

On est moins optimiste, moins confiant. Nous sommes donc passés de 1,4% à 1 % de croissance en zone euro cette année.

François Doux

Il n’y a pas que vous. Il n’y a pas que les enquêtes de la Banque centrale européenne, il y a aussi le Fonds monétaire international. On va voir les chiffres apparaître derrière nous. Le FMI a revu à la baisse ses prévisions de croissance. Au niveau mondial à 3,5 %, on était à -0,2 %. Aux États-Unis, c’est inchangé à 2,5 % et puis, en zone euro, ils restent plus optimistes que vous, avec 1,6 %. Quelles sont les raisons de cet excès de pessimisme ?

William De Vijlder

Je ne sais pas si c’est un excès de pessimisme. Disons que la prudence est beaucoup plus grande et c’est à mettre en rapport avec différents facteurs.

Premièrement, force est de constater lorsque l’on revisite un peu les prévisions de l’année précédente, ou d’il y a six mois, qu’il y avait un peu trop d’optimisme. Je pense que tout le monde s’est laissé emporter par des chiffres de croissance robuste avec des indicateurs de confiance à un niveau très élevé.

En revanche, ce qui est beaucoup plus important, c’est que le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui a très fortement évolué. Il y a un an, par exemple, le Fonds monétaire mettait beaucoup l’accent sur le risque de remontée des taux aux États-Unis, liée à une remontée de l’inflation.

Aujourd’hui tout le monde est préoccupé par les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine, ou encore le Brexit. Donc, finalement, le monde a beaucoup changé.

François Doux

Les risques ont évolué. Ils sont même un petit peu plus nombreux. Du coup l’exercice de prévoir l’avenir est-il compliqué, la visibilité est-elle moindre ?

William De Vijlder

La visibilité est réduite et elle l’est d’autant en raison également de facteurs ponctuels. Par exemple ce que l’on vit en France ces dernières semaines. C’est un vrai défi d’appréhender dans quelle mesure cet effet, qui devait être temporel a priori, pourrait influencer de manière plus durable la dynamique de croissance. A notre avis, c’est temporaire. Du côté allemand, on a également vu des facteurs qui ont joué un rôle très ponctuel, notamment la nouvelle norme antipollution qui a impacté le secteur automobile.

Ce sont donc des éléments qui, effectivement, créent un environnement plus difficile à analyser, plus opaque. Et cette visibilité réduite a également une influence sur le comportement des ménages et des entreprises. Les ménages, par exemple, ont vu une baisse de leur niveau de confiance. Je pense que c’est à mettre en rapport avec cette visibilité réduite. Lorsque les entreprises sont un peu moins confiantes, qu’elles ont un peu moins de visibilité, alors elles freinent leurs investissements.

François Doux

Plus d’incertitudes, on le voit aussi sur les marchés financiers avec des statistiques économiques moins bonnes que prévu en zone euro et, du coup, cela surréagit encore plus sur les marchés. Est-ce qu’il n’y a pas quelques lueurs d’espoir William De Vijlder ?

William De Vijlder

Tout à fait. Psychologiquement, il y a un risque de passer d’un optimisme excessif à un pessimisme excessif. C’est très connu.

Le deuxième élément, que je trouve plus important, c’est qu’il y a bon espoir qu’au niveau des négociations entre les États-Unis et la Chine, on parvienne à une sorte d’accord. Le deuxième point est le Brexit où là on est dans l’opacité totale, mais on parle quand même de l’hypothèse selon laquelle une sortie sans accord pourra être évitée. C’est aussi un facteur de soutien au moral.

Un troisième élément, qui est très important, c’est que la Chine a annoncé une série de mesures, également d’ordre budgétaire, qui devraient commencer à porter leurs fruits à partir du deuxième trimestre.

Donc avec la conjonction de ces trois éléments, on pourrait dire que les indicateurs de confiance devraient se stabiliser au minimum, et donc donner lieu à une lecture un peu plus confiante des perspectives pour le reste de l’année.

François Doux

William De Vijlder, merci.