« Vu les circonstances, difficile de faire mieux ! » : telle pourrait être la conclusion des dernières prévisions de croissance du Fonds Monétaire International (FMI) pour les économies avancées (2,4 % en 2018 et 2,1 % en 2019, après 2,3 % en 2017). Peut-être la projection la plus importante est-elle celle relative à 2023, qui verrait la croissance américaine ramenée à 1,4 %. Il y aurait donc un important coup de frein par rapport au rythme de 3% actuel, qui marque une « surchauffe » en termes d’indicateurs du marché du travail et de prix des actifs, sinon de croissance des salaires et d’inflation. De quoi permettre à la Réserve fédérale de poursuivre son cycle de resserrement avec prudence, en fonction des données économiques, encourageant ainsi un fort appétit pour le risque chez les investisseurs. Le ralentissement prévu en 2019 et au-delà tient à un ensemble de facteurs : l’épuisement de l’impulsion budgétaire (dont l’économie n’avait pas véritablement besoin), la hausse des taux d’intérêt, l’effet décalé de l’appréciation du dollar, le repli de la croissance bénéficiaire des entreprises, l’impact des hausses des tarifs douaniers (augmentation de l’inflation) et les mesures de représailles frappant les exportations. L’actuel bras de fer commercial avec la Chine implique des risques orientés à la baisse.

Alors que le cycle conjoncturel est arrivé à maturité aux États-Unis, il n’en va pas de même dans la zone euro, où l’expansion devrait se poursuivre malgré le comblement de l’output gap et la convergence du taux de chômage vers son niveau structurel. De fait, la progression du revenu disponible, à la faveur des créations d’emplois et de l’accélération de la hausse des salaires, devrait soutenir les dépenses de consommation tandis que la facilité d’accès au financement, la croissance bénéficiaire et l’augmentation des taux d’utilisation des capacités créent un contexte propice à l’investissement des entreprises. Pour autant, la dynamique du cycle conjoncturel s’est essoufflée. La plupart des indicateurs de confiance se situent, actuellement, en deçà de leur point haut de la fin de 2017. Le secteur de la construction fait figure d’exception et les services affichent également une bonne tenue. Dans l’industrie manufacturière, toutefois, le recul a été plus marqué. Quoi qu’il en soit, compte tenu d’une base de départ élevée, les niveaux actuels des indicateurs ressortant des données d’enquêtes indiquent toujours une croissance supérieure au potentiel.

PMI manufacturier et PMI services :

PMI

Risque protectionniste

La zone euro est une économie ouverte ; aussi a-t-elle pâti, en 2018, de la décélération du commerce mondial. Elle est aussi, de ce fait, fortement exposée aux menaces protectionnistes venant des Etats-Unis. Les simulations réalisées à partir de modèles, comme dans le dernier rapport du FMI sur les perspectives économiques mondiales, montrent que les hausses de droits de douane et les mesures de représailles finissent par créer une situation « perdant-perdant ». Le mal pourrait être fait sans que d’autres mesures se concrétisent. La simple crainte d’un échec des discussions entre les États-Unis et l’UE pèse déjà sur l’investissement allemand. La Chine, confrontée à un essoufflement de son activité économique, a dû faire face à des hausses de tarifs douaniers de la part des États-Unis. Cela ne fait qu’accroître les difficultés rencontrées par les autorités pour stimuler la demande intérieure en vue de compenser le ralentissement de la croissance des exportations.

Nervosité des marchés

L’essoufflement de la croissance en Chine n’est pas de bon augure pour ses partenaires commerciaux, en particulier, les pays en développement. Plusieurs d’entre eux ont déjà connu une chute de leur monnaie, provoquant un mélange inconfortable entre hausse de l’inflation, resserrement monétaire, et écartement des spreads. La nervosité des marchés ne s’est pas limitée aux pays en développement. En effet, les dernières semaines ont aussi marqué un rebond de la volatilité sur les marchés obligataires et les marchés actions aux États-Unis, rappelant l’envolée déjà enregistrée en février dernier. Ce régime de volatilité élevée, s’il devait persister, constituerait un autre facteur susceptible de peser sur les perspectives de croissance.