Nous connaissons actuellement une récession atypique. Robert Kaplan, président de la Réserve fédérale de Dallas, la qualifie de « récession auto-imposée »[1]. Les mesures nécessaires pour arrêter la propagation de la pandémie ont un impact profond sur l’économie, provoquant une récession qui devrait être sévère et brève. Les données économiques récentes qui, à des degrés divers, ont été recueillies depuis la mise en place du confinement dans différents pays, commencent à montrer l’ampleur de cet impact.

Graphique édito du 27 mars

Les indices des directeurs d’achat flash[2] pour mars ont enregistré de fortes baisses, notamment dans les services et pour les commandes à l’exportation. En Allemagne, l’indice Ifo du climat des affaires a connu la plus forte baisse mensuelle jamais enregistrée et il en va de même pour son équivalent français de l’Insee. Aux États-Unis, les demandes initiales de chômage ont atteint 3,3 millions – un record historique – et devraient encore augmenter à court terme.

Ce chiffre n’a pas empêché les cours de Wall Street de s’envoler, ce qui pourrait refléter un optimisme quant à l’impact du plan de relance de 2 000 milliards de dollars – environ 10% du PIB – qui a été voté au Sénat américain, mais aussi indiquer que les investisseurs préfèrent ignorer ces chiffres, considérant que la récession auto-imposée prendra fin rapidement une fois le confinement levé.

Cela déplace le débat sur le coût du confinement qui dépendra de sa durée et des conditions de sa mise en place. L’Insee a annoncé cette semaine que la perte d’activité après un mois de confinement pourrait faire baisser le PIB annuel de 3%[3], et de 6% après deux mois. L’Institut Ifo a calculé qu’en cas d’arrêt partiel de l’activité pendant deux mois «les coûts varieront de 255 à 495 milliards d’euros, selon le scénario. Cela signifie que la production pour l’année diminuera de 7,2 à 11,2 points de pourcentage » [4]. Ces estimations illustrent à quel point il est essentiel de se conformer aux mesures prises pour stopper la propagation du virus : un respect strict augmente la probabilité d’une levée des fermetures plus rapide, limitant ainsi le coût humain mais aussi l’impact économique.

Dans de nombreux pays européens ainsi qu’aux États-Unis, des mesures ont été prises pour atténuer l’impact du confinement sur les entreprises, en particulier les PME, afin d’éviter qu’un problème de liquidité devienne un problème de solvabilité, causant ainsi des dommages durables à l’économie. En outre, le soutien financier aux ménages ou, comme on le voit dans plusieurs pays européens, des mesures pour faciliter le recours au chômage partiel tout en limitant les conséquences financières pour les personnes concernées, devrait éviter que les dépenses des ménages ne diminuent davantage.

[1] Interview sur Bloomberg Television, 27 mars 2020

[2] Il s’agit des données pour les Etats-Unis, la zone euro, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Japon

[3] https://www.insee.fr/fr/information/4471804

[4] Ifo Institute, Corona Will Cost Germany Hundreds of Billions of Euros, communiqué de presse, 23 mars 2020