Pour un prévisionniste, chaque début d’année est un exercice d’humilité. La comparaison des prévisions antérieures avec les résultats constitue souvent une source de frustration. Pour 2015, ce fut le cas avec le prix du pétrole. Début 2015, le baril de Brent était à USD 67 et la prévision consensus (la valeur médiane des prévisions individuelles) tablait sur un Brent à USD 74 pour le quatrième trimestre 2015. Or, nous avons terminé l’année aux alentours de 37 dollars. Pour l’utilisateur de prévisions, cet écart colossal souligne l’importance d’appréhender le niveau de confiance des prévisionnistes. A ce propos, la dispersion des prévisions individuelles est très instructive. Pour le Brent, la prévision la plus optimiste tablait sur USD 104 fin 2015 et la plus pessimiste sur USD 48, respectivement une hausse (baisse) de 55% (29%) par rapport au cours du début d’année. Un tel écart invite à considérer la prévision moyenne avec précaution. Aujourd’hui, le consensus pour le quatrième trimestre 2016 est à USD 60 avec une fourchette comprise entre USD 43 et 95… La prudence reste donc de mise même si tout le monde s’attend à une hausse des cours.

Concernant les grandes variables macroéconomiques, la dispersion des prévisions est typiquement moins importante (sauf en période de récession) mais il n’empêche que le niveau de confiance des économistes dans leurs prévisions de croissance du PIB peut être très différent d’un pays à l’autre. Pour 2016 nous tablons sur une croissance de 2,0% aux Etats-Unis et de 1,5% en zone euro. Sauf événement inattendu, le résultat devrait être assez proche de la prévision (on verra dans un an…). Les Etats-Unis frôlent le plein emploi, la croissance des salaires devrait accélérer, les taux restent bas et la Réserve fédérale mènera une politique prudente marquée par un resserrement très progressif. Parmi les points à surveiller, on note l’essoufflement du secteur manufacturier et la pression sur les bénéfices des entreprises qui peut impacter l’investissement. En zone euro, « l’alignement des planètes » reste d’actualité : pétrole bas, euro bas (par rapport à 2014 au moins), taux bas, politique monétaire agressive conduisant à un regain de dynamisme du côté du crédit, politique budgétaire légèrement expansionniste.

En revanche, dans les pays émergents, le degré d’incertitude reste élevé. La chute importante de la bourse de Shanghai le premier jour de l’année illustre la grande sensibilité des investisseurs lorsque les statistiques économiques sont inférieures aux attentes. Plus que le ralentissement, c’est le manque de visibilité de l’économie chinoise qui pèse sur la confiance et qui explique la réactivité des bourses occidentales. Le facteur chinois est bien évidemment très important pour les pays émergents d’autant plus lorsqu’ils sont exportateurs de matières premières. Pour rappel, ces pays ont souffert d’un triple choc en 2015 : baisse des prix des matières premières, baisse du volume et baisse de leur devise (d’où une hausse de la dette en devise étrangère). La conjoncture pour la seconde partie de l’année sera donc très étroitement liée aux développements en Chine. Pour ce pays, nous tablons sur une stabilisation du taux de croissance vers le milieu de l’année et une croissance annuelle de 6,5%. Un tel scénario donnerait du répit aux marchés émergents ainsi qu’aux marchés de matières premières. Dans le cas opposé, la tension et la nervosité observées en 2015 perdureraient. On finirait également par noter un impact négatif sur la croissance dans les pays développés. En ce début d’année, c’est l’économie chinoise qui a retenu l’attention. Il est fort à parier que cela restera le cas tout au long de l’année.

William De Vijlder

Directeur de la Recherche Economique du Groupe BNP Paribas